Le Journal du capitaine Wentworth d’Amanda Grande

13 novembre 2014 at 13 h 52 min

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Et de trois ! Après le Journal du colonel Brandon et celui de Mr Darcy, voici celui du héros masculin de Persuasion de Jane Austen : le capitaine Frederick Wentworth !

C’est avec joie que je m’y suis plongée, car Persuasion est l’un de mes romans préférés de Jane Austen. J’aime énormément Anne Elliot et j’étais impatience de connaître les pensées du capitaine.

Comme toujours, c’est un peu bizarre un journal écrit sous cette forme : on n’y écrit pas des dialogues entiers normalement ! Mais passons… Comme toujours, l’histoire commence bien avant celle de Persuasion, à savoir 8 ans plus tôt, lors de la rencontre entre Anne et Frederick. J’ai été un peu déçue non pas de retrouver les personnages à ce moment de leur vie, mais du fait que l’histoire manque de passion. C’est tiède, on n’a pas vraiment l’impression que le capitaine Wentworth est amoureux. Après coup, je me suis dit qu’il est vrai que cela correspond plus au tempérament d’Anne et à leur histoire, mais ça manque quand même…

Passé ce premier tiers du roman, nous retrouvons les personnages huit ans plus tard. L’histoire est alors celle de Persuasion. C’est bien écrit, cela se lit avec plaisir et sans déplaisir car Amanda Grange ne colle pas trop au texte d’origine. On n’a donc pas l’impression de lire une version de Persuasion moins réussie que celle de Jane Austen.

Au final, un roman moins attrayant que les précédents, mais qui se lit quand même avec plaisir…

Le manuscrit perdu de Jane Austen de Syrie James

26 octobre 2014 at 12 h 27 min

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Bien que regardant régulièrement les dernières parutions, j’étais passée à côté de cet ouvrage. Heureusement, une critique en a été faite sur le forum le Coin des lecteurs (très positive la critique) et j’ai donc dans la foulée acheté ce roman. Je suis dans une période « Jane Austen » (les mauvaises langues pourraient dire que je n’en sors que rarement) et je me suis plongée dans ce roman dès son arrivée (et ce malgré une couverture plus que laide).

Ça a été un régal à lire. Habituée que j’étais de lire soit de mauvais romans profitant du nom de la grande romancière pour se vendre, soit des réécritures plus ou moins réussies de ses romans, j’ai été plus qu’agréablement surprise dès le début. Et ce même si le postulat de base est léger. Samantha, une américaine passionnée de Jane Austen (elle a commencé une thèse sur le sujet) découvre dans un vieux recueil de poésie une lettre de sa romancière favorite. Celle-ci y dévoile l’existence d’un manuscrit qu’elle a perdu ! Aussitôt, Samantha part sur les traces du manuscrit et va croiser la route d’Anthony et trouver le manuscrit (c’est vraiment le début de l’histoire, je ne dévoile rien !)

Ce roman comporte donc deux histoires : celle de Samantha et d’Anthony, et celle du roman de Jane Austen que vont lire les deux précédents. Autant dire que ces deux histoires sont très inégales. La première est vraiment un « prétexte » au récit « signé » Jane Austen. C’est assez basique et dès le début on sait ce qu’il va se passer. Très fleur bleue, un peu niais, j’avoue ne pas avoir trop accroché. Passe encore que Samantha en deux jours découvre une lettre de Jane Austen et un manuscrit, mais ses sentiments pour Anthony évoluent à mon avis trop rapidement, et la fin est cousue de fil blanc. J’aurais aimé plus de subtilité… Néanmoins, leur histoire est nécessaire dans la mesure où elle éclaire le manuscrit, et la vie de Jane Austen. J’ai d’ailleurs à cette occasion découvert beaucoup de choses sur elle, et c’est très agréable.

Là où le roman prend toute sa puissance, c’est dans les chapitres reproduisant le fameux manuscrit. Syrie James a réussi le tour de force d’écrire une histoire que l’on peut effectivement attribuer de manière très crédible à Jane Austen. Alors oui, si je pinaille, il y a des détails qui montrent que ce n’est pas du Jane Austen : a-t-on déjà vu l’une de ses héroïne « rougir comme une tomate » ou « avoir envie de vomir » ? J’en doute. Plusieurs tournures de phrases ou d’autres expressions du même style m’ont fait tiquer, mais dans l’ensemble l’écriture est proche. De même, le roman fait peut-être un peu « trop » Jane Austen, et on est en terrain connu : les soeurs Wabshaw font indubitablement penser à Miss Bates de Emma, Amélia à Isabella Thorpe, les Newgate aux Allen et Catherine Clifton à Eleanor Tilney, tous présents dans Northanger Abbey (j’ai d’ailleurs trouvé que bien des détails de la partie à Bath faisaient penser à ce roman), Mr Spangle a des côté de Mr Collins d’Orgueil et Préjugés… Mais après tout, ce manuscrit est sensé être antérieur aux autres oeuvres de Jane Austen, et il paraît naturel que cela ait été pour elle une source d’inspiration pour créer ses futurs personnages. Par contre, et c’est très agréable, l’histoire se tient, est très prenante. La fin parfois un peu alambiquée mais cela reste crédible et la trame générale est également semblable aux écrits de la romancière. L’ambiance, les codes de l’époque, tout est très bien respecté. On sent que Syrie James connaît son Jane Austen sur le bout des doigts, et a un énorme respect pour son oeuvre. L’héroïne, Rebecca, est très austenienne mais elle a une réelle individualité, une personnalité propre et n’est en aucun cas une pâle imitation ou une reprise des autres héroïnes féminines de Jane Austen. C’est réellement un personnage que n’aurait pas du tout renié celle-ci ! C’est d’ailleurs, à mon avis, en très grande partie une sorte d’hommage de Syrie James qui fait de Rebecca un double de Jane Austen : le manuscrit de Jane Austen serait à mon sens en partie autobiographique car Rebecca et Sarah font évidemment référence à Jane et à sa soeur Cassandra, et beaucoup des pérégrinations ressemblent à la vie de Jane Austen au moment où elle a soi-disant écrit le manuscrit. De même, d’autres personnages sont réellement attachants, et ont une individualité et une existence propre sans aucune réelle référence à d’autres romans de Jane Austen.

Alors oui, ce fameux manuscrit n’est pas de Jane Austen, et on le sent. Il n’en reste pas moins que j’ai été vraiment prise dans l’histoire, et qu’il ne manque pas grand chose pour qu’on se dise qu’en effet, cela pourrait être du Jane Austen. Une chose est sûre, je relirai le fameux manuscrit avec plaisir, rêvant qu’une telle découverte soit un jour faite pour de vrai…

Cher Mr Darcy d’Amanda Grange

22 octobre 2014 at 11 h 02 min

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Encore un livre prenant appui sur l’œuvre de Jane Austen. Après avoir décidé de revisiter chaque roman sous la forme du journal de son héros masculin (Le Journal de Mr Darcy, Le Journal du colonel Brandon), Amanda Grange a pris ici le parti de réécrire Orgueil et Préjugés sous forme épistolaire. Ce choix vient du fait qu’apparemment Jane Austen avait commencé à rédiger une autre de ses œuvres majeures, Raisons et sentiments, sous cette forme.

Autant le dire tout de suite, la forme épistolaire n’apporte pas grand chose à l’histoire. Cela alourdit l’œuvre d’origine et fait qu’il y a moins de subtilité dans les relations des personnages. Mais cela vient peut-être également du fait qu’Amanda Grange n’est pas Jane Austen, qu’elle n’a ni son talent ni sa finesse : le même roman écrit par Jane Austen aurait eu un visage différent et aurait été un régal ! C’est néanmoins très agréable et plaisant à lire.

La forme épistolaire a obligé l’auteur à inventer de nouveaux personnages. Le résultat est mitigé. C’est à mon avis une excellente idée de créer les sœurs Sotherton, filles du propriétaire de Netherfield (petit clin d’œil à Persuasion ?) On apprend ainsi pourquoi le domaine a pu être loué à Bingley, et ces trois sœurs permettent de ne pas trop réduire le nombre de correspondants, ce qui aurait vite tourner court. Cela permet également de mettre plus en avant Mary Bennet, qui écrit à Lucy Sotherton. Je sais que plusieurs lectrices (je dirais bien « lecteurs et lectrices » mais je doute que beaucoup d’hommes lisent ce genre de roman) ont été agacées par la sottise des lettres de Mary mais pour ma part cela m’a amusé. C’est également l’occasion pour Amanda Grange de faire de petits clins d’œil à Northanger Abbey. C’est en revanche beaucoup moins réussi d’introduire Philip, le cousin de Darcy qui n’a à mon avis aucun intérêt. Ce personnage m’a semblé terne et très agaçant. Les lettres échangées avec Darcy n’ont pas vraiment d’intérêt, car celui-ci aurait tout aussi bien pu les écrire au colonel Fitzwilliam. Il est également dommage qu’Amanda Grange n’ait pas plus exploité certains personnages du romans : j’aurais adoré avoir davantage de lettres de Mr Bennet ! De même, il aurait été plus intéressant de développer la correspondance entre Jane et Elisabeth.

Plusieurs autres détails m’ont gênée au cours de ma lecture. D’une part, les lettres mettent très peu de temps à s’échanger : Lizzie écrit à Jane le 2 mai et le 3 mai Jane lui répond ! Un peu rapide pour l’époque non ? Je sais c’est un détail… Un autre détail minuscule mais déplaisant selon moi est le fait que chacun appelle son correspondant par son prénom… sauf Mr Darcy ! Il écrit à son cousin « Philip » mais celui-ci répond à « Darcy » alors qu’ils portent tous deux ce nom de famille. Un peu de logique que diable !!

Néanmoins, malgré tout ces défauts, j’ai aimé ma lecture. Certaines trouvailles d’Amanda Grange sont plutôt sympathiques. Ce n’est pas un indispensable, mais  c’est une lecture plaisir qui fait passer un bon moment.

Le journal de Mr Darcy d’Amanda Grange

17 octobre 2014 at 18 h 28 min

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Vous connaissez Orgueil et préjugés ? Mme Bennet, qui cherche par tous les moyens à marier ses 5 filles, l’amour naissant entre Jane, l’aînée, et Mr Bingley, et Elisabeth et Mr Darcy… L’histoire est donc connue, sauf qu’ici nous avons le point de vue de Fitzwilliam Darcy.

e suis assez mitigée sur ce roman contrairement au Journal du Colonel Brandon. Oui, c’est un réel plaisir de retrouver les personnages du roman de Jane Austen. J’ai aimé tout ce qu’Amanda Grange a imaginé autour des indices laissés dans Orgueil et Préjugés pour combler les « blancs » et imaginer une fin un peu plus prolongée.

Par contre, même si c’est bien écrit, n’est pas Jane Austen qui veut. Son style, son humour, sa façon de raconter. Amanda Grange ne fait malheureusement qu’une pâle redite, sans l’humour qui caractérise son illustre modèle. J’ai également été déçue que ce soit si proche du roman originel, au point qu’on s’ennuie presque par moments.

En résumé, ce roman est dispensable, même s’il est agréable à lire. Les passages sortis de l’imagination d’Amanda Grange sont les seuls qui donnent sa réelle valeur à ce roman sans prétention.

Le Journal du Colonel Brandon d’Amanda Grange

8 octobre 2014 at 14 h 05 min

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Je me suis lancée dans la lecture du Journal du Colonel Brandon en étant à la fois impatiente et anxieuse. Impatiente parce que le Colonel Brandon est mon personnage masculin préféré de l’oeuvre de Jane Austen. Ceux qui me connaissent savent que je voue un culte à l’acteur qui l’incarnat si magnifiquement dans l’adaptation d’Ang Lee. Anxieuse car j’avais peur d’être déçue. J’avais bien apprécié le Journal de Mr Darcy du même auteur, ce qui ne m’avait pas empêché d’être critique sur plusieurs choses. Or ici, nulle déception !!

J’avais reproché au précédent roman de cet auteur d’être beaucoup trop fidèle au roman original, et de se poser en redite de celui-ci. Avec le Journal du Colonel Brandon, je n’ai pas du tout eu cette impression au contraire !!

Le roman commence plus de 15 ans avant les événements que raconte Jane Austen. Au moment où James Brandon, encore jeune homme, est fou amoureux d’Eliza Williams, la pupille de son père. Nous sont ensuite décrits tous les événements de sa vie jusqu’à sa rencontre avec les soeurs Dashwood. Celle-ci n’intervient qu’à un bon tiers du roman. J’ai vu que c’est ce qui avait grandement désappointé certaines lectrices de ce livre, mais pour ma part j’ai vraiment adoré ! On peut ainsi suivre le jeune James, et le voir évoluer, devenir l’homme qui déplaît à Marianne lors de leur rencontre à cause de son humeur taciturne et mélancolique. La suite du roman est fidèle à ce que raconte Jane Austen, mais sans être complètement un copier-coller. On n’a pas comme dans le Journal de Mr Darcy des dialogues entiers repris.

En fait mon seul regret est que Amanda Grange a légèrement modifié ce qui arrive à la pupille de Brandon, modifiant ainsi la façon dont Marianne accepte de se marier avec lui. Je me souviens que j’avais été déçue quand je l’avais lu dans Raison et sentiments, mais au final je trouve que comme souvent Jane Austen est tombée juste et que son choix est plus pertinent que celui d’Amanda Grange.

Par contre, Amanda Grange a réussi dans ce roman à trouver un peu de l’humour piquant de son modèle en proposant certains personnages assez amusants et décrit avec un peu de l’humour de Jane Austen.

Bref, pour moi ce livre est une réussite.