Le Mystère Sherlock de J.M. Erre

14 octobre 2014 at 14 h 54 min

9782283025628FS

Entendons-nous bien, je suis fan de Sherlock Holmes. Et ce depuis mon adolescence. J’ai lu et relu de nombreuses fois les écrits de Conan Doyle. Puis je me suis attaquée à toute la littérature autour du personnage, j’ai adoré la série avec Jeremy Brett. Tout ça pour dire que dans le domaine de Sherlock Holmes, il y a du bon, de l’excellent, et du très mauvais. J’en ai assez lu et vu pour différencier.

Pour moi, le Mystère Sherlock est l’un des meilleurs pastiches holmésiens que j’ai lus. Et pourtant, nulle part Sherlock Holmes n’est présent en personne, même si son ombre plane sur toutes les pages.

L’histoire de base est complètement loufoque : des universitaires spécialistes de Sherlock Holmes (oui oui, dans ce roman ça existe !) se retrouvent pour un colloque en Suisse. L’enjeu est de taille : devenir le titulaire de la toute nouvelle chaire d’holmésologie. Mais peu à peu, dans l’hôtel bloqué par la neige, la peur s’installe avec la mort de plusieurs d’entre eux.

Contrairement à ce que le résumé peut laisser penser, ce roman est écrit sur le mode humoristique. Personnellement, j’ai aimé ce ton mais il est vrai qu’à certains moments cela peut sembler un peu lourd. Par exemple, l’insistance sur la sénilité du professeur Bobo est pesante après avoir fait rire une ou deux fois.

J’ai aussi regretté de trouver le fin mot de l’histoire très vite (presque dès le début je dirais) mais cela n’a en rien enlevé de la saveur à ma lecture.

Même si j’ai adoré ce roman, je ne sais pas du tout si un non-fan peut s’y retrouver tant les références diverses sont nombreuses. C’est plus un livre sur les holmésiens que sur Sherlock Holmes, et il faut être un minimum toqué du grand détective pour apprécier pleinement à mon avis. Et on sent que JM Erre est un fan, et qu’il connaît son sujet !

H comme Holmésien : Mammifère bibliophile vouant une passion à Sherlock Holmes. Les spécialistes – à l’université et à l’hôpital – distinguent plusieurs catégories d’holmésiens. Les niveaux 1 à 3 désignent les amateurs du détective anglais créé par Arthur Conan Doyle en 1887. Ils aiment à lire et à relire les quatre romans et cinquante-six nouvelles qui forment le « Canon » holmésien, scrutent la sortie en librairie des innombrables pastiches consacrés à Holmes, et ne rechignent pas à s’aventurer dans les enquêtes des concurrents, Hercule Poirot ou Harry Dickson. Pour résumer, mis à part une tendance un peu pénible à s’exclamer à tout propos « Élémentaire mon cher Watson », ils sont inoffensifs.
Les niveaux 4 à 6 correspondent à des holmésiens initiés. Pour ces adulateurs du Canon, la frontière en la fiction et la réalité se trouble par moments. On se met à privilégier le texte original en anglais, on se lance dans des analyses textuelles, on adhère à une « société holmésienne », on suit des colloques. Bref, on commence à fatiguer ses proches.
Enfin les holmésiens de niveaux 7 à 10 forment une caste à part. Pour eux, les choses sont claires : Sherlock Holmes à bel et bien existé et Conan Doyle n’était que l’agent littéraire du docteur Watson, biographe du détective londonien. A ce stade, la fiction n’existe plus, les écrits de Watson sont parole d’Évangile, l’étude des textes sacrés devient le centre de toutes les préoccupations, on s’attaque à énigmes métaphysiques fondamentales comme la date de naissance de Holmes ou le nombre de mariage de Watson.
Et, dans le meilleur des cas, on essaie de prendre ses pilules tous les matins.

Une excellente lecture que je recommande vivement !